The Angel of Christian Charity ou Eros, statue en aluminium représentant en fait Antéros réalisée par Alfred Gilbert, Piccadilly Circus, Londres, 1893.
The Angel of Christian Charity ou Eros, statue en aluminium représentant en fait Antéros réalisée par Alfred Gilbert, Piccadilly Circus, Londres, 1893.

Antéros (en grec ancien Αντέρως / Antérôs, de ἀντι- / anti- « en retour » et ἔρως / érōs « amour »), fils d’Arès et d’Aphrodite, est le frère d’Eros. C'est un personnage très complexe et l'on parle assez peu de lui. 

 

Il incarne l'amour réciproque dont on ne se moque pas. Et en cela, il est aussi l'adversaire d'Eros, l'antipathie, l'aversion : il sépare, désunit, désagrège. Semant parfois la discorde et la haine autour de lui, il empêche les êtres de nature dissemblable de se confondre pour que la nature ne puisse jamais plus retomber dans le chaos. En cela il est aussi salutaire qu'Eros.

 

Selon une version que l'on trouve pour la première fois chez Themistius (rhéteur du IVe siècle de notre ère), mais qui peut être plus ancienne, Aphrodite se serait inquiétée du fait qu'Eros ne grandissait pas. Il est à noter qu'il est bien plus souvent représenté comme un chérubin ailé que comme un jeune éphèbe. Il lui fut répondu que seul un frère pourrait y remédier. Ce fut Antéros qui fut placé en face de l'Amour, son égal. Parce que l'amour, pour se développer, a besoin d'une réponse, d'un sentiment réciproque. Antéros devint ainsi le symbol de l'amour mutuel.

Eros et Antéros sont souvent représentés en train de se battre. Ce n'est pas sans raison. A plusieurs reprises, on les représente en rivalité pour une palme : Eros tient en main une palme, tandis qu'Antéros essaie de la lui enlever. Malgré tous ses efforts, il n'y parvient pas. Ainsi, celui qui répond à l'amour doit montrer de toutes ses forces qu'il n'aime pas moins que celui dont l'amour s'est manifesté en premier. 

Alessandro Algardi (1598-1654).  Eros et Anteros (ou Deux Amours qui se battent) Vienne, Liechtenstein Museum
Alessandro Algardi (1598-1654). Eros et Anteros (ou Deux Amours qui se battent) Vienne, Liechtenstein Museum
François-Joseph LeClercq (1755-1826), Eros et Anteros se battant pour un coeur, Philbrook Museum of Art à Tulsa
François-Joseph LeClercq (1755-1826), Eros et Anteros se battant pour un coeur, Philbrook Museum of Art à Tulsa

Cette figure de deux Amours qui se battent pour conquérir le coeur qui gît à leurs pieds représente probablement Éros et son frère Antéros qu'oppose, dans la mythologie grecque, une lutte sans fin pour la force et la pureté des sentiments.

 

Au XVIe siècle, les idées néo-platoniciennes ont repris ce mythe en y voyant une rivalité hostile entre Antéros, symbolisant l'amour céleste et Éros, personnifiant l'amour terrestre. Le geste surprenant de l'un des deux Amours, qui semble vouloir détruire le coeur à sa merci, évoque peut-être cette interprétation.

 

La rose posée non loin, attribut de la déesse de l'amour, Aphrodite, évoque aussi les charmes de l'amour sensuel.

 

Les métaphores érotiques de l'oeuvre rappellent les nombreuses statues de marbre de style rococo, répandues surtout en France au XVIIIe siècle, réalisées entre autres sous le patronage de la marquise de Pompadour.

Victoire de l'Amour sacré sur l'Amour profane, tableau de Giovanni Baglione (vers 1602).
Victoire de l'Amour sacré sur l'Amour profane, tableau de Giovanni Baglione (vers 1602).
Ἀντέρως, Amor virtutis, alium Cupidinem superans, l'Amour vertueux surmontant le Vicieux
Ἀντέρως, Amor virtutis, alium Cupidinem superans, l'Amour vertueux surmontant le Vicieux

L’amour vertueux surmontant 
le vicieux

Nemese la grand’ Deesse
Redoutee & vangeresse
Fit jadis un Contr’amour
Cupidon, adversaire,
Opposé, & tout contraire,
Volant, bruslant à son tour.
A ce qu’il souffre & endure
Le mal & passion dure
Qu’aux autres a faict souffrir.
Luy qui estoit au possible
Hardi, armé, invincible,
Il pleure jusqu’au mourir.
Il se despite en soy-mesme,
Creve de douleur extreme
(Cas inaudit & non veu)
Amour de l’amour l’outrance
Tollist, & sa vehemence:
Le feu brûslé par le feu.

 

mésis, Deesse de vengeance, a voulu 
que Cupidon fils de Venus trop or-
gueilleux fut lié & garroté par un autre Cu-
pidon son adversaire & ennemy juré. Ce que 
nous enseigne que l’amour deshonneste, & 
l’affection mauvaise est non seulement a-
moindrie mais arrestee, & comme enseve-
lie par le moyen de quelque autre amour & 
labeur honneste.

 

(cliquez sur l'image pour avoir le texte original en français traduit du latin et cliquez ici pour avoir le texte original en latin)

Bernardino Campi (Reggio Emilia, 1522 - 1591) Vénus, Eros et Anteros  Huile sur panneau. cm 25 x 20
Bernardino Campi (Reggio Emilia, 1522 - 1591) Vénus, Eros et Anteros Huile sur panneau. cm 25 x 20

 

Eros et Anteros sont aussi souvent représentés en compagnie d'Aphrodite (Vénus chez les Romains), leur mère.

Eros et Antéros, Germán Hernández-Amores (1823-1894)
Eros et Antéros, Germán Hernández-Amores (1823-1894)

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